Un bain nocturne

Le lundi 13 Mars à 20h17, Place du Général De Gaulle à Croix de Berny

Je me souviens, c’était dans une ville d’Italie où je m’étais longuement drogué. Il y a longtemps déjà, une amie étudiante m’avait fait lire un texte, presque un délire où une jeune femme se prenait pour une nymphe, toute prête à plonger, avec Zeus dans sa main, au monde marin d’une fontaine. Je m’étais moqué et elle ne m’a plus adressé la parole depuis. J’ai maintenant de quoi m’excuser, et humblement, j’espère que le temps de sa rancune sera passé et qu’elle m’aimera bien désormais. J’étais donc en Italie avec des amis, je dansais, j’avais trop bu et trop fumé, puis j’ai pris de cette drogue nouvelle. Le temps qu’elle agisse, je me suis trouvé devant une grande fontaine, éblouissante comme lorsque le soleil claque aux yeux de plein fouet. Ce n’était pas sa seule lumière dont je me remettais et qui tranchait avec l’obscurité superbe et dantesque de la nuit mais aussi la silhouette de statues fabuleuses, les coupes débordantes, les jeux magnifiques de l’eau vive, l’ivresse bachique que dégageaient ses dessins parfaits. C’était encore sans voir la plus sublime des formes dans l’enchantement de mon âme, ses cheveux tombant avec la même grâce et la même fragilité que les jets d’eau. Une main droite, délicate, est pour mes yeux un poème vivant qui épuise le souffle et ne quittera jamais ma mémoire. La jeune fille se tourne. Je suis son regard dans lequel se reflètent la fontaine et toutes les femmes. Elle m’invite du poème de sa main ; les statues du bassin lui font une tranquille escorte, elle plonge ; je la suis. Je me heurte au fond de la fontaine comme un enragé ! Je pleure à la fois de ma crédulité d’aujourd’hui et de l’incrédulité d’hier pour la nymphe de mon amie. Il faut croire à ses rêves ; mais déjà, les amis m’appellent et me moquent à grands cris.