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Je t’ai toujours connue, tu ...

Il y a, au cœur de la forêt, une tour mystérieuse où ...
Où suis-je tombée ?
Le mercredi 23 Novembre à 17h53 au Parc de Sceaux
Le mercredi 23 Novembre à 17h53 au Parc de Sceaux
Je t’ai toujours connue, tu es la familière, tu es la femme en personne et je voudrais te raconter la fantaisie qui m’a traversé l’esprit quand je t’ai surprise endormie dans la forêt. Tout le conte est dans ma tête et je veux te le donner. C’est une histoire de métamorphose. J’ai vu un roi accablé d’ennuis, peu amoureux, qui, sans savoir pourquoi, gardait depuis toujours dans une de ses poches un carré de soie. Un de ses pages le lui dérobe un jour et le garde sous son oreiller, il l’embrasse chaque soir avant de dormir ; une vieille femme lui a murmuré qu’aux temps anciens de l’Egypte, on croyait que les baisers d’un homme pouvaient animer les tissus précieux, faire naître la plus belle de toutes les femmes. Le roi crut avoir perdu le sien par inattention ; le page, au bout d’un an, voit le carré se transformer en cygne. Il en est très malheureux et sa colère le fait crier. Il menace l’animal d’un coup de hache. Le roi passant par là l’interroge : il regarde les yeux du cygne et reconnaît la femme qu’il aime. Le page avoue son larcin, mais le soin qu’il a pris chaque soir d’embrasser le morceau de soie le touche. Il dit qu’il veut le cygne et voir la vieille femme. Elle vint et dit au roi qu’il faut tuer toutes les femmes du royaume pour que naisse la femme aimée. Le roi s’y refuse et garde la compagnie du cygne jusqu’au moment de mourir : trente ans. Il puise dans ses regards mélancoliques toute l’âme de l’aimée et au réveil du jour où il se sent mourir, il voit dans son lit la femme aperçue dans le regard du cygne, nue, endormie, et reconnaît les yeux du cygne dans ceux de la femme. Elle lui dit : « L’ennui te brisait, mais tu n’as pas tué pour moi ; je te donnerai la vie que tu n’as pas prise aux autres ». Sur quoi elle l’embrasse, ce qui le métamorphosa en jeune homme. Ils vieillirent ensemble. L’instant précis où je te vois me regarder dans la forêt, c’est celui qui résume trente ans de vie et où je vois celle qui me sauve de mourir.